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LIBRE
EST LA VIE
Je
remercie ceux qui veillent, et, après l’obscurité totale, tiennent leurs
fenêtres éclairées tout près de moi.
L’amour
qui me lie à eux est sans visage. Il me lie à des êtres dont je ne suis
pas responsable.
Anonymes
sont ces êtres très chers. Seule la distance de la contemplation nous
sépare. Je salive à la vue de leurs ombres sur les draps de leurs lits
et du spectacle d’une femme (sera-t-elle une femme?) allant et venant
d’une manière suspecte derrière un objectif qui est inévitablement le
mien. Le plus merveilleux dans cette histoire c’est qu’ils veillent pour
moi sans le savoir. Je me réchauffe au-dessus d’eux sans qu’ils le
sachent. Ils s’éteignent sans que je sois moi-même le pompier…
Grand
merci à eux tous, entre me fenêtre et leurs fenêtres, le profil de mon
désir se bronze au clair de la lune.
La vision
du coin de l’œil.
D’une
fenêtre à l’autre les gens sont bons.
Du trou de
la serrure, la vie est libre!
IL ECRIT
ET LIT
Il était
une main
il était
deux mains
il était
deux mains petites
pour la
seule ombre
la seule
neige
et la
braise.
Il était
une lèvre
il était
deux lèvres
il était
une bouche
pour
le seul
amour.
Il était
un front
ouvert
pour le
seul voyage.
Il était
deux yeux
pour la
seule prison.
Il était
des cheveux
et
l’éclair.
Il était
une voix
il était
une voix
comme main
pour le
seul sommeil.
Il était
un corps
comme vent
entre le feu et l’eau
pour le
seul feu la seule eau.
Il était
une femme
il était
il était
un homme
pour
seulement la dire
pour
seulement la lire
pour
demeurer
au-dessus
du créneau
au-dessus
de la ville
au-dessus
de la vérité.
Traduit par Nadia Tuéni
TOUTE L’EXISTENCE
Sous les
arcades de la bonté, à l’ombre des rêves tu t’assieds. La mélodie de ta
voix nous protège dans les jardins de l’errance.
Confiante
comme un zéphyr, tu es la main qui ramasses mon dénuement et ma richesse
et les jettes dans les compassions de l’abîme, abîme du passé de l’âge,
l’âge qui ; s’effaçant sans pourtant effacer, ouvre ses tiroirs et me
lance de nouveau vers les lacs des nuées fécondant l’arbre de la
solitude par le pollen du voyage.
De plus
petit que toi, je n’ai connu que l’esprit et de plus fort je ne
connaîtrai que la mort. Je chantais quand j’étais en quête de liberté;
en toi j’ai connu le chant le plus proche, celui de l’instant ultime: le
fond du cœur, lorsque l’émotion des adieux noue la gorge jusqu’à
l’étouffement, et l’instant s’est uni à la sérénité en une union sans
jeu aucun.
Sans jeu
aucun et toi mon jouet. Comment alors l’espace ne se déchire-t-il pas
par le poignard de la contradiction et comment l’univers ne
s’enflamme-t-il pas par la folie de l’amour?
Dans tes
yeux rieurs tu portes l’insouciance de l’innocence et la vieillesse de
la mer, et quand je rencontre mon destin, la souplesse de ton corps me
rend plus beau que mon destin. Quelle histoire qui n’en finit plus!
Avant que je ne fusse déçu, je portais ma malédiction. Avant la
découverte de la malédiction, j’étais une île insupportable, une île de
transparence et d’extase. Après la déception, il ne resta rien.
Semblable à la mort après la mort. Même les larmes avaient perdu la
puissance de guérison, non pas qu’elles soient taries mais parce
qu’elles sont devenues les pleurs d’un vaincu parmi des étrangers.
Et je n’ai
plus sollicité personne.
Mais tu
t’es arrêtée.
Tu t’es
arrêté parce que tu es un amour rebelle et parce que tu es aussi cette
complicité plus légère que l’amour et cette association qui dépasse de
loin l’amour. Et quel est l’amour dont le parfum est le senteur de
l’oubli plus que cet amour?
Au milieu
des villes où le parler est au-dessous du niveau de la terre, je réalise
maintenant, lucide entre deux soûleries, que je n’avais pas tort. Mes
fautes étaient des fautes de conduite, dont quelque-unes étaient
impardonnables. Mais je n’avais pas tort quand j’avais peint ce tableau
où j’avais tout mis aux pieds d’une femme qui surgit maintenant,
toujours et pour tous les siècles, des vagues de mon imagination. Je
n’avais pas tort, car entre les vagues de l’imagination qui
m’engloutissent et la taille des vagues de la réalité, il y a des
coïncidences parfois heureuses, incroyables, et qui sont toutes
l’existence.
Et ce sont
les paroles de la séparation et en même temps le salut annonciateur du
nouveau rivage. Et c’est grâce à toi, ô fille des deux vagues, que
l’homme oublie que où qu’il regarde, il voit ce qu’il le pollue, et
qu’il entend partout où qu’il écoute, des paroles plus stériles que le
sable. Tes yeux ailés qui ravagent la tranquillité du cœur raniment
l’espoir, à travers les tourments du délire, dans quelque chose qui
mérite les souffrances.
Tu
t’assieds à l’ombre des rêves sous les arcades de la bonté. La mélodie
de ta voix nous protège dans les jardins de l’errance. Dorée comme le
miel du matin tu aveugles le temps. Dorée comme la surprise de la fable,
comme les braises des hauteurs, comme la couronne de la mariée, comme un
miracle dans le péché. Dorée, le météore ralentit subitement sa chute
pour te permettre de finir tes souhaits.
De plus
petit que toi, je n’ai connu que l’esprit et de plus fort je ne
connaîtrai que la mort. Délicieuse est cette répétition, fertile cette
distance! Tu as fait halte auprès de ma solitude, car la nuit intrigue
le soleil. Tu t’es arrêtée, car j’ai fait semblant de n’attendre plus
personne.
Et demain
tu deviendras cette aria, la plus belle de toutes, où l’oubli et son
jumeau le souvenir se substitueront, se relaieront, s’entrelaceront, et
chacun d’eux étouffera dans l’autre les feux de son enfer.
Traduit par Joseph Zaarour
COMME…
Comme un
métal sous le marteau
Comme du
cuivre transformé en or
Comme un
or en soleil à la surface de sa mer
Comme une
aurore en crépuscule et un crépuscule en couleur bleu marine, miroitant
l’amour antérieur à la mémoire.
Comme le
fer en sang et le sang en âme
En âme
plus pure que son ciel, car pétrie de déceptions plus fortes que le
désespoir,
Mon âme
passionnée de toi
Confiante
en toi
Ne demande
pas à renaître en être éternel
Mais que
cet instant passe doux comme un simple sommeil
Que cette
journée s’achève sans blessure comme un repos bien mérité
Que cette
vie se passe à ton ombre d’une lumière plus profonde
Pour que
la mort, quand elle arrive
Arrive
plus légère que le vent de la liberté.
Et comme
la mort est l’ombre de la vie
Ainsi
l’amour est celle de la mort
Et mon âme
passionnée de toi
Est hors
d’atteinte du mal
Car là où
elle regarde à travers ton visage
Elle
n’entend que son désir ardent
Elle ne
voit que son rêve.
Elle n’a
pas peur
Tant que
tu resteras l’instant, instant suivi d’autres instants
Jusqu’au
silence de l’oiseau.
1996
Traduit par Joseph Zaarour
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